GAPENCIMES 2012
Le récit et photos de Delphine et Stéphane Guichard
Petit trajet de 8h (coupé en 2) et nous arrivons à Gap, samedi après-midi, pour le retrait des dossards. Nous avons même le temps de faire une sieste avant de nous rendre à la Pasta party organisée par le régiment de chasseurs alpins de Gap. L’accueil est chaleureux et l’ambiance est détendue. De retour à l’hôtel je prépare l’intégralité de mes affaires pour le lendemain. Même si le départ n’est pas trop matinal (à 7h00 du matin), je compte jouer les jusqu’au-boutistes dans le lit (l’hôtel est à 5mindu lieu de départ).
Le matin, après un déjeuner frugal (décidément rien ne passe avant mes départs de course), je rejoins la zone de départ situé en centre-ville de Gap. Je croise Emmanuel Gault qui s’échauffe, j’en profite pour voir son matos : c’est le jour et la nuit comparé au mien. Tandis qu’il a une ridicule petite ceinture porte bidon (peut-être 700g maxi, et encore, avec la gourde remplie à ras bord), je me trimbale un Camel back avec une poche à eau de deux litres, la poudre à mettre dans cette même poche à eau,assez de tubes de gel énergétique pour nourrir le régiment qui nous a accueillis hier, mes bâtons, ma frontale, mon coupe-vent,… Comme en plus on n’est pas gaulé pareil, je comprends que j’ai un léger handicap :-D
Après un débrief, qui nous annonce qu’on devrait échapper àla pluie et que le soleil devrait apparaître cet après-midi, les coureurss’amassent devant le portique gonflable du départ. A 7h00 tapantes, l’organisationlance la course. Dans les rues de Gap, ça part vite, très vite… sans doute tropvite, je me force à ralentir le rythme après 2km en me disant qu’il reste environ43km derrière qu’il va falloir gérer.
Une fois sorti de la ville, la montée est continue mais avecun pourcentage raisonnable et je sais que les 10 premiers km vont être« gentils ». Les forêts sont typiques de la Provence et des altitudesbasses, on longe les crêtes de Charance qu’on devra franchir plus tard. J’arrivesur le premier ravitaillement avec 10min d’avance sur mon chrono de l’annéedernière. Je fais l’appoint de mon Camel afin de ne pas me retrouver à sec dansles durs dénivelés qui guettent. Je repars rapidement et rentre dans ma bullede concentration avant la première difficulté du parcours.
800m plus loin j’y suis, une montée vertigineuse vers les crêtes de Charance : 650m D+ en un peu plus de 2km.La montée se passe bien, je suis aidé par le paysage qui se dévoile au fur et à mesure de l’avancement. En haut des crêtes, le paysage est époustouflant et je cours sur un sentier comme sur le fil d’un rasoir. Seul petit bémol, les nuages restent collés au relief et une fine pluie se met à tomber par intermittence.
Les crêtes de Charance sont suivies de 3grandes bosses qui, mine de rien, chauffent bien les cuisses. Des locaux sont présents pour nous supporter, y compris un troupeau de vaches qui sillonnent la dernière bosse ! Une fois ces montagnes russes terminées, c’est droit dans l’pentu que je descends vers le 2ème ravitaillement. C’est une descente très éprouvante et vertigineuse, mais je me sens bien et je déroule plutôt bien à mon grand étonnement. De plus le ciel se dégage et le soleil commence à doucement chauffer, c’est un moment agréable.
Arrivé au ravitaillement (km19), je trouve de tout : saucisson (miam), sucre, des bénévoles sympathiques,…. mais pas d’eau !!!!! Rupture de stock ! Mon Camel est vide et il y a 12 km à faire avant le prochain ravitaillement : je ne me vois absolument pas faire ça sans eau. Bon ça ne fait rien, je demande à la gentille bénévole une bouteille de coca pour remplir ma poche à eau, ce sera mieux que rien. Argh, là aussi pénurie c’est la dernière bouteille, fait pas bon d’être en queue de peloton. Je vide deux verres dans ma poche à eau, histoire d’en laisser aux autres. Et je me blinde le bide avec le seul liquide qui reste : le jus d’orange, mais je sais d’avance que je le regretterai. Je repars du ravito un peu inquiet avec la perspective de courir 12km dans la montagne avec 2 verres de coca. Heureusement à 1,5km du ravito un bénévole remontait le peloton avec un jerrican d’eau. Littéralement je le bénis et je prends les minutes nécessaires pour faire le plein.
La suite du parcours est soit à flanc de montagne soit au plus profond du cirque. Les jambes sont encore bonnes je relance régulièrement et je double plusieurs coureurs. Même si on est à basse altitude, le tracé est vraiment top et varié. On commence par le sentier des bancs avec son fameux passage à flanc de falaise (très spectaculaire). On suit ensuite une rivière de montagne qu’on traverse plusieurs fois à guet. J’arrive au village abandonné de Chaudun (km 31), où se trouve le 3èmeravitaillement. J’ai 45 minutes d’avance par rapport à l’année dernière, je suis bien mentalement et relativement frais. Ce qui tombe bien car il reste environ 1000m de dénivelé à avaler d’une traite.
La montée attaque tout de suite après le ravito. Les cuisses commencent à fatiguer et je prends des gels énergétiques un peu plus fréquemment. L’apothéose de cette grimpette est l’ascension du pic de Gleize (2161m). La pente est très raide, des coureurs sont assis à différents endroits, soit pour se reposer, soit pour faire passer une crampe (soit pour faire les 2). J’arrive en haut du pic, rayonnant (moi, pas le pic), j’ai 1h15d’avance par rapport à l’année dernière au même point.
Le reste de la course n’est que de la descente. Les deux premiers kilomètres sont très techniques, avec des passages sécurisés par les chasseurs alpins qui nous interdisent de courir. Cela tombe bien car une grosse douleur se réveille au genou droit (même symptôme qu’à Courchevel, je me dis qu’il va falloir surveiller ça). En fait cette douleur se fera de plus en plus forte, m’empêchant même de courir sur les derniers km.J’enrage car le terrain est plutôt facile et je perds bêtement mon avance. En plus je me fais doubler par tous ceux que j’avais grattés depuis les crêtes de Charance, pour le moral ce n’est pas top. Du coup je ne m’éternise pas au dernier ravitaillement pour ne pas aggraver ma situation. J’atteins finalement l’arrivée après 9h15min (381/426 partants) de course avec 46km au GPS. Malgré la fin de course désastreuse, je reste content car c’est une très belle course(très peu de route, des terrains variés et des vues spectaculaires) et j’ai bien performé sur les 3/4 de la course (j’étais dans les 260ème au pic de Gleize).
Bravo Stéphane et merci encore à vous deux pour ce reportage!!
Que cela donne des idées à d'autres!!
RDV à la prochaine Aventure
Shrek
X-TRAIL DE COURCHEVEL 2012
Le récit et photos de Stéphane Guichard
A l’occasion de mes vacances dans le sud j’avais décidé de profiter du voyage pour tenter le Courchevel x-trail :tout le monde la décrit comme une course magnifique notamment avec le passage final sur les crêtes du Mont Charvet. Mine de rien le challenge pour moi est de taille car c’est (seulement) ma troisième course de montagne et le parcours est annoncé exigeant (54km et 4400m D+) avec des barrières réputées« serrées ».
J’arrive la veille au Praz, le lieu même du départ. Avant d’aller à l’hôtel je vais prendre mon dossard, les explications sont minimalistes : on me donne juste le dossard (et rien d’autre) que je dois passer à une borne pour le tester. C’est tout ! Bon, il suffira d’ouvrir un peu les yeux pour voir que le stand « Innov 8 », partenaire de la course, est à côté et distribue aux coureurs qui le souhaitent le traditionnel T-shirt de la course. Il ne reste plus que du M ou du S :tant pis ce sera T-shirt moulant pour la plage et je ne pourrais donc pas l’exhiber fièrement lors de mes entraînements/courses futures ;-) Pour les plus curieux le plus intéressant était le paper-board installé non loin de l’entrée qui donnait de précieuses infos sur le 54km :
· Temps orageux avec fortes rafales de vent prévu sur le parcours… bon ça craint un peu mais météo France m’avait déjà renseigné.
· Afin d’éviter les plus gros grains, le départ est avancé d’un quart d’heure et la deuxième barrière horaire également amputée d’un quart d’heure… bon ça craint franchement car le départ initial était déjà programmé à 4h du matin !
La nuit est paisible malgré le stress qui monte et réveil comme prévu à 2h15 du matin. Tout est fin prêt car je ne voulais pas avoir trop de préparatifs le matin même. Une infime portion de gâteau sport avalée ainsi qu’un petit café (c’est tout ce qui peut passer à 3hdu mat), un bisou à Delphine qui reste avec Morphée et direction le sas de départ qui est à 300m de l’hôtel. En chemin je croise deux savoyards qui feront également la course. Ils m’expliquent qu’ils ont déjà reconnu la majeure partie du parcours et qu’il ne faut surtout pas tenter de courir le premier km.Conseil bienveillant mais le départ étant au pied des tremplins olympiques je ne comptais, de toute manière, pas faire de sprint.
Petite photo souvenir avec Dawa Sherpa, court topo de l’organisation pendant lequel je vais faire ma première erreur. Novice dans ce type de course je me place à l’arrière du peloton espérant de toute façon juste le titre de finisher pour cette première. Le départ est donné sous une pleine lune avec la piste bordée de flambeau, l’atmosphère est magique.
organisée par des Pompiers un peu Fou!!!connais pas encore le nombre exact de disparu!!)footings, retour à l'entraînement.
e monter sur la ligne de front.eignements » insiste-t-il.à comprendre et me retrouve blotti (encore !) près de la ligne fatidique ! On est bientôt près de 1400 à attendre.antre le boss de l'Ardéchois donne la mise à feu. Nous voici enfin libéré. Avec Pascalou on est dans les tous premiers et on se souhaite bonne course. Les ‘'pôvres'' ne savent pas ce qui les attend.Ah les supporters : aveugles et farceurs !us font apprécier les 1000m d'altitude. le sud bleu provençal et le nord vert volcan d'Auvergne.€¦la première Citadelle. Tout en haut d'un piton rocheux. Rochebonne la bien nommée. Elle est de toutes les photos de pubs de l'Ardéchois.au dans le ravin !Comme prévu l’effort violent dès le départ à4h du mat pique un peu les yeux. Mais cela permet également de vite se mettre à température. Après le large sentier longeant les tremplins le parcours emprunte un single, qui le restera d’ailleurs jusqu’au premier ravitaillement. Au bout d’une heure et demi de course, l’aube n’est plus très loin, le temps est dégagé et je me sens très bien voire trop bien. Je dois être en sous-régime mais impossible de doubler dans ces sentiers pentus, sinueux et caillouteux.D’autres commencent à râler de ce rythme trop lent et la barrière horaire se rapproche dangereusement. A 600m d’un sentier plus large et à moins de 1 km du premier ravitaillement la vue se dégage devant, une coureuse est à la peine créant cet énorme bouchon…. Bon, nous sommes un week-end de départ en vacances,bison futé avait prévu un événement de ce genre ;-) C’est effectivement l’inconvénient de partir en queue de peloton, je m’étais moi-même exposé à ce risque. Bref j’arrive au ravitaillement « froid » et à seulement15min de la première barrière horaire. Je ne comptais pas être aussi juste. Rapido, un verre de coca et un demi litre d’eau de plus dans le camel back,j’enfile mon coupe-vent et c’est reparti.
Je repars sur ce 2ème tronçon avec le champ libre et le rocher de la Loze à gravir, premier sommet du parcours. La montée ne me paraît pas si pénible que cela. L’expérience et l’entrainement du club me rendent les jambes légères, je double quelques coureurs, ça fait du bien au moral. Le « rocher » est franchi les doigts dans le nez. La descente est conséquente mais sans trop de cailloux, j’en profite pour accélérer et rattraper du monde. Je sais que la prochaine montée sera longue et à fort pourcentage pour mener au deuxième ravitaillement (barrière horaire amputée de 15min et je suis déjà juste), je pense à bien m’alimenter (ça ne vaut pas une rondelle de saucisson,mais le gel sucré recharge les accus, ça se sent). La montée, si ce n’est le pourcentage,ne présente pas non plus de difficultés. A la fin nous empruntons même le tracé d’une piste de ski avec le soleil en prime. Je gâche 2 min à prendre une vidéo,car je sens qu’ensuite je serai trop occupé à rattraper les barrières horaires pour faire le touriste.
Là aussi je double du monde (je ne le sais pas encore mais la plupart de ces coureurs ne termineront pas la course). J’arrive au ravito avec 20 min sur la barrière horaire (si on rajoute les 15min retirés par l’organisation cela fait 35 min sur le temps limite : je suis content d’avoir refait en partie mon retard). Je sais que le troisième tronçon est le plus dur et qu’il est difficile de le terminer quand on est trop proche des barrières horaires (merci les CR lus sur Internet). Néanmoins je mange bien (ily a même du saucisson pour le moral des troupes J), et je remplis mon camel back au maximum tout en parlant avec un gars que j’avais croisé au parcours des 25 bosses. Il est déjà dans le rouge et décide de ne pas repartir sur le même rythme que moi.
Après la descente d’une piste noire sans neige, on entame l’ascension du col du Fruit et on entre dans le parc naturel (classé) : le paysage devient réellement sauvage, montagnard et vertigineux, on en oublie les km et la fatigue. La progression est moins rapide que prévue car les pierriers se font plus présents. Par ailleurs je commence à entrer petit à petit dans la couche nuageuse qui est restée collée aux sommets et la visibilité baisse de mètre en mètre. Sur une crête effilée,avec le brouillard, la vision est surréaliste, j’ai l’impression d’être sur un pont de pierre enjambant le néant. Une fois le col franchi, la descente est interminable et l’atmosphère de plus en plus lourde. On n’y voit pas à 10m et les vêtements collent à la peau. Non loin du cirque, point bas de la descente,il commence à pleuvioter : je sors la casquette du sac et me prépare à me mettre en mode « pluie ». Après 1km le long du cours d’eau qui parcourt le cirque, la pluie tombe franchement et je commence à entendre le grondement du tonnerre… aïe-aïe ! L’orage fond sur moi et les 4 autres coureurs qui m’entourent. Les éclairs claquent et semblent de plus en plus proches. Je sors du sentier et me colle au plus près des parois rocheuses,gardant les bâtons super bas. J’ai vraiment les boules. Pour certains éclairs que je vois je n’ai pas le temps de compter 2 secondes avant la« déflagration » : ils tombent donc à moins de 500m. La flippe totale ! Après 25 min de terreur, l’orage semble s’éloigner, le vent se lève, la pluie cesse et les nuages laissent passer des éclaircies timides. Le sol détrempé est le seul indice denotre calvaire. Mouillé jusqu’au slip, après le pic d’adrénaline et au début de la montée vers le col du Rateau, j’accuse un coup de mou et un coureur s’échappe du petit groupe qui s’est constitué.Heureusement la réalité de la course me rattrape et après un bref coup d’œil sur la montre et quelques calculs mentaux je réalise que le mauvais temps et l’orage ont quasi annulé l’avance que j’avais, je risque plus que sûrement d’arriver après la barrière horaire du troisième ravitaillement (décidément l’organisation a taillé cette course au plus juste). Je retrouve petit à petit des forces et prend du sucre en pointillé afin de me redonner le moral. Je distance à mon tour le groupe et m’élance seul dans les énormes pierriers et névés qui constituent ce col, je vois des coureurs en tout petit en haut du col. Les blocs rocheux sont énormes et certaines parties ressemblent à de l’escalade, plus les parties neigeuses où j’affronte tantôt de la neige, tantôt de la glace. Cette partie, à défaut de me réchauffer, m’amuse et, transi de froid, j’avance à une allure étonnamment rapide. En haut, malgré le vent qui s’engouffre dans ce col en forme de « V », j’aperçois les autres coureurs à 500m devant moi en train d’essayer de garder l’équilibre sur le dernier névé : j’ai vraiment « tracé ». Le temps qu’ils traversent le névé en titubant comme des zombies, je l’atteins moi-même. J’abandonne le mode« bipède » et je fais de la luge sur les fesses : je les ai rattrapés en moins de 40 secondes :-). Ensuite ce n’est qu’une longue descente vers le ravito, dans les pierres et la boue, mais sous le soleil. Je glisse et tombe lourdement à un moment, mais sans casse et je garde un rythme soutenu.J’arrive au ravito pile-poil à la barrière horaire. Je ne suis pas euphorique mais presque : à moi la récompense de la course à le plus haut sommet du parcours (qui frôle les 3000m) et les crêtes du Mont Charvet. Mais là, coup de bambou ! Les bénévoles relayent les décisions de l’organisation : les derniers cols sont fermés car jugés trop glissants et dangereux ! On doit emprunter un itinéraire bis qui nous ramène au dernier ravitaillement prévu puis à
l’arrivée via 13km d’un large GR tout en descente. Je repars très-très déçu du ravito.
Lors de la descente je regarde à ma droite amèrement les sommets promis en début de course et mon moral s’effondre. Le physique ne tarde donc pas à suivre et les muscles lâchent au moindre effort.Je peux au mieux marcher voire trottiner. Dans ces conditions, il m’a fallu des plombes pour rejoindre l’arrivée et même un ravito « jambon fumé –saucisson – fromage de montagne » n’a pu me revigorer. En me remémorant, quelques jours après,cette descente, elle fut quand même très belle et très sauvage jusqu’à presque1km de l’arrivée (forêts avec des pins gigantesques, des cascades fumantes,etc…). Cela vaut donc indéniablement et largement le détour, mais je n’avais pas le cœur à l’apprécier. Je préviens régulièrement Delphine de mon avancée et elle m’attend pour un petit « photo shooting » juste avant l’arrivée.
Je boucle cette course finalement de 45km /3140 km D+ en 9h45, 222ème / 239 (261 partants). Content de moi, car cette course fut riche d’expérience et d’enseignements dans des paysages de montagne à couper le souffle. Et je n’ai qu’une envie : la refaire l’année prochaine pour boucler le parcours complet.
Merci à Stéphane et à Delphine pour ce récit
La Ronde de CHOISY-le-ROI se courrait ce dimanche 22 mai aux portes de Paris.
L'occasion de performer sur 10 kilomètres pour une course déjà labellisée FFA 2012.
Patrick ROURE était au départ pour Rambouillet Sports Athlétisme, mais ça ne s'est pas passé exactement comme prévu.
Récit.
Le courses natures les pieds dans le sable (La Forestière) ou la tête dans les feuillus dans les Vaux de Cernay ça va bien un moment !
Croyez-moi ou pas mais avec ce printemps de sécheresse qui se prend pour un été, c'est devenu difficile pour un coureur de trouver des conditions de course motivante.
Et je ne vous parle pas des odeurs des fleurs sous les rayons ardents. Pouah ! Bonjour les allergies.
Non, le bitume c'est plus stable pour les chevilles, et les trottoirs fleurent bon la civilisation.
On n'a pas les pieds glacés dans un torrent de montagne, et on peut siroter tranquille au ravito en terrasse de trottoir au milieu du fumet de son caniche préféré.
Bon c'est décidé.
Pas question d'être cerné à Cernay par des à « Vaux à» qui beuglent ! Non merci.
Je choisis plutôt Choisy.
Entre Créteil et Orly, super calme et joli !
Carrefour Pompadour et Belle-Epine, la banlieue y'a pas mieux !
Arrivé tôt près du parc de l'Hôtel de Ville pour mieux se garer : en ville un dimanche matin c'est du pur plaisir. Echauffement entre ruelles résidentielles et avenues commerçantes.
Puis ligne de départ où je guette un homme armé…en me tenant le poignet.
Départ peu rapide à mon goût, on n'est pas à Vittel où des coureurs fusaient de tous côtés.
Tiens une locale…Aurélia Truel en personne en séance de VMA longue !
Crainte N°1 d'une course locale avec des clubs certes huppés et des noms connus mais avec 400 coureurs maxi : se retrouver seul. C'est fait au bout de 1500 mètres ! On longe la Seine et personne à l'horizon babord, et petit groupe qui s'éloigne à l'horizon tribord.
Tiens une péniche plein de sable. On sent la galère et je commence à piocher…
Au 4ème kilo y fait Chô ! On éponge sévèrement, heureusement bonne organisation.
Mais le vent redouble, dans tous les sens des 3 boucles du parcours ! Bizarre, ça doit être la Seine qui perturbe le zéphire…
Qui a dit qu'en ville on se sentait seul ? A partir du 7ème je rejoins certains galériens à la dérive, et suis moi-même talonné par des séniors triathlètes.
Je prends les « roues » sans honte : 20 « berges » nous séparent et un peu moins de vent dans la tronche.
En ayant l'impression d'accélérer, à l'arrache, je dépasse à nouveau tout ce petit monde (à l'exception d'1 seul) et fini au mental sur cette longue et large avenue venteuse.
Victoire je finis en 44 secondes, donc mieux que ma meilleure marque en 51 secondes.
Mais oups, petit problème. Pas de puce cette fois-ci. Et après le 4ème abricot sec du ravito de l'arrivée je scrute mon chrono, et je lis 39'44'' et non 38'44''…
MDH !
Horreur. Pouah !
P… de Parcours ultra plat, qui n'arrête pas d'enjamber la voie ferrée, à coups de ponts sévères.
J'ai fini par dérailler.
On se console avec une 8ème place en V2 (60 ème au scratch) et les minimas 2012 déjà en poche.
Pas de quoi gonfler les chevilles mais suffisamment pour enfler ce maudit talon gauche.
Je retrouve ma voiture en boitant légèrement, elle est toujours au même endroit : mais je n'avais pas vu que j'étais stationné… « Rue des Fusillés ».
Mais bien sûr vous n'êtes pas obligé de croire mon histoire…
Allez bonne ‘' répette'' pour l'EKIDEN de la semaine prochaine !
PAT L'AF.
Errare Trailum est ! |
Enfin il arrive ce dimanche tant attendu. Voilà des mois qu'on trépigne dans ses running en faisant de la VMA sur piste, en côte, des sorties longues, quelques cross par-ci, une bronchite par-là . On n'a pas souffert tout l'hiver pour rester au lit un dimanche 4 avril à 5 h. Alors quand le réveil sonne, c'est tout le corps qui jubile, si si, malgré les apparences, ça fait plaisir de se lever pour aller en découdre avec cette superbe course de par chez nous les yvelinois.
Alors avec Coach, on s'est fixé RDV comme d'hab. On fait l'inventaire de ce que l'on a pris et .... oublié, oh merde et les guêtres ... oh les cons, c'est vrai qu'il a pas plus depuis une semaine et que c'est pas utile du tout pour courir aujourd'hui. Tant pis ! On n'a pas oublié les chaussures, au moins.
Arrivés à 6h30. Le temps de prendre le dossard dans la froidure d'un petit matin venteux. Le site de départ est moins glamour que celui d'Auffargis. On fait le topo des premiers kilos : partir tranquille, laisser passer la houle des affolés du départ. D'habitude, on fait partie de ce lot de gars qui pensent que partir devant, c'est toujours ça de pris. Ouais, mais là , sagesse et objectifs de saison (l'euskal endurance trail mi-mai) obligent, ça va être piano piano (debout, c'est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup ... bon je continue ou vous avez compris ?).
A 7h10, paf, boum, c'est parti mon kiki. On se cale sur un 13,5 de rigueur et on laisse passer la zone industielle (là encore pas top). On sait qu'on va se la manger au retour et qu'elle sera encore moins jolie après les bosses et les bosses et .... Après 4 km, on se retouve dans le sein des saints, la mecque du traileur fanatique de bouuuuuuuuuuuuuuuuuuuue. Ah merde, j'ai encore glissé ! Avec Coach, on maudit déjà les sentiers de la vallée de Chevreuse. Un coup à droite, un coup à gauche, un coup dans l'eau, j'en passe et des meilleures. Sur la ligne de départ, j'avais dis à Coach : "si c'est du gymkhana dans la boue, je vais vite en avoir marre et faire du tout droit. Mouillé pour mouillé, autant commencer de suite !" Et c'est ce que je fais au bout de 10 min sur ces sentiers. Au fur et à mesure de ma progression sans masque et tuba, je prends quelques mètres d'avance sur mon coéquipier ; mètres qui finissent par se traduirent en secondes (jamais trop, maxi 1 minute, je pense). Souvent, en haut d'une bosse (c'est à dire tout le temps), je me retourne et le vois attaquer la pente.
Ce petit jeu va durer 1h20 puisque je reste presque seul pendant toute la traversée du 16 km, presque car je rejoins un triathlète que j'informe sur les difficultés futures : "là c'est cool, attends de voir les rochers de Maincourt et le retour dans les bosses où nous sommes en ce moment ..." Du coup, refroidi, le gars lève le pied.
En arrivant au premier ravito au bout d'1h50, je remplis mes deux bidons et vois avec plaisir arriver Coach et un coureur. Nous repartons tous les trois avec l'idée de faire un bon bout de chemin ensemble. Coach est une boussole sur pattes et une radio ambulante branchée sur les meilleures fréquences audibles pour les traileurs (bonnes blagues, anecdotes, récits variés ou avariés, analyses techniques ... tout y passe et ça fait passer le temps le plus agréablement du monde. Si si, je vous l'assure, l'essayer, c'est l'adopter !).
Nous cheminons donc dans la boue. Je mène le train car je me sens bien et me souviens très bien de cette portion. Coach me dit de ne pas accélérer car il reste encore quelques km. OK, j'approuve. Notre partenaire du moment ne s'en laisse pas conter. Il fait très généreusement sa part du boulot et lorsqu'il prend la tête dans les parties en dévers, c'est pour assurer le train pendant quelques km. Toi mon gars, t'es un bon partenaire. Chapeau !
Lors de la redescente sur les cascades des Vaux de Cernay, je remprends la tête du trio mais je cale dans la remontée vertigineuse. Si, si, vous savez, celle qui fait 100 m de dénivelé et où vous faites 1 pas en avant et trois en arrière à chaque appui. Ah, vous voyez, vous la remmettez ! Coach assure le rythme, mais notre partenaire commence à montrer des signes de fatigue. Il nous dit qu'il veut cheminer avec nous jusqu'au deuxième ravito. Advienne que pourra. Il ne reste jamais loin mais toujours derrière. Dommage, car la distance s'accroit avant d'arriver à Dampierre et il nous reste encore quelques kilos avant le ravito.
Au bout de 3h10 de course, nous sommes au ravito du 32ème kilo, celui-là même que nous reverrons après la boucle de Maincourt. Une moyenne d'environ 10 km/h, ça c'est bon pour le moral (c'est bon bon). Nous ne sommes plus que tous les deux, moi et mon alter ego. On peut se mettre en condition pour l'euskal en mai car ces 2 x 65 km à deux, c'est un peu the sherry on the cake dans la saison 2010. Courir à deux quand on a le même rythme, ça c'est top !
Le même rythme ? Oulala, pas si vite mon gars, faut pas vendre les pompes du traileur avant de l'avoir tué ! Et mon rythme à moi, il s'effiloche, se désagrège, s'amenuise, se liquéfie ... Les rochers de Maincourt commencent à entamer ma bonne humeur et ma bonne santé. Lorsque Coach avance dans les bosses, j'ai l'impression désagréable de reculer. Et voilà ti pas que Ludovic Dilmi nous avale dans un amas de rochers. Il trotte dans les bosses le gaillard ! On le connaît bien, surtout Coach qui lui doit de finir 2ème depuis plusieurs courses car l'énergumène lui ravit systématiquement la première place depuis l'année dernière. Mais bon, le bougre vaut 1h14 au semi, sans citer les bonnes perfs sur 100 km, alors respect ! Sa première place, il l'a pas volée.
Bon, en attendant, tout ça, ça me rend pas mes jambes. Bien au contraire. En longeant le marais qui amène dans le village de Maincourt, je sens sourdre la menace des crampes. Et dans le faux plat montant après la route, TCHAC, premier coup de poignard dans le mollet droit. Merde, l'alerte est sérieuse. Elle ne me cloue pas sur place mais je sens que si elle s'installe, la course est finie ... ou je finis en 12 heures en marchant. Je sens revenir sur moi un gars qu'on venait de doubler et surtout, je vois un point s'éloigner lentement de moi, c'est Coach; je lui fais signe que je suis au bord de la rupture et qu'il peut continuer sans moi. Et merde ! je veux pas revivre le calvère du trail des Lavoirs où j'ai fait 15 km en marche-petit trot tellement j'étais vide.
Alors je me dis que je dois gérer ça jusqu'au ravito en continuant à boire toutes les 10 min et manger toutes les 30 minutes. Je m'accroche à ça et je repars tant bien que mal, la crampe voyageant de mon mollet droit à mon mollet gauche. Surtout ne pas glisser, car sinon c'est le coup de lame à double tranchant assuré : le premier tranchant taillade les chairs pendant que le deuxième décolle les muscles. C'est de la chirurgie esthétique made in trail ! Je regarde les moindres racines (y'en a partout !), le plus petit caillouuuuuuuuu ... oulala c'est pas passé loin. Et l'eau et la boue, autant vous dire que je m'en contrefous.
Mais il arrive quand ce p.... de ravito ? J'ai bientôt plus d'eau dans les gourdes et les crampes vont se faire un malin plaisir de se rappeler à mon bon souvenir. J'ai un vague souvenir (là la fatigue annihile le sens de la réflexion) qu'il faut slalomer entre les branches avant de remonter sur le sentier goudronné. Et ouf, alors que je viens de boire la dernière goutte (vous la voyez suivre le chemin du goulot au ralenti au moment fatidique de la laper et là ... merde ! Le caillou que vous aviez pas vu et vous envoie valdinguer dans les ronces ! Et la goutte qui se barre pour aller alimenter le ruisseau de boue que vous traversez depuis 5 h !!!!!!!!!). Heureusement, cette scène n'est que le reflet du délirium-fatigue qui s'installe.
En avançant sur le ravito, qui je vois ? Non, pas lui, il était tout blanc et carrément plus impressionnant au départ. Là il trottine nonchalemment et tout gris (la boue, c'est pas bon pour le blanc, et puis pour ravoir les fringues, quel bordel, Coluche vous le dirait). Samuel Bonaudo est là , accompagné d'une jeune femme qui l'encourage. Et moi j'y vais de mon petit mot : "Allez courage Sam, vas-y !" Il est au bord des larmes ou de la crise de nerfs. Ah je vous assure, je comprends rien à ce qui se passe. Il doit être épuisé et veut peut-être abandonner... j'en sais foutre rien, mais une chose est sûr, il est pas au mieux. Moi je me rue sur le ravito : eau, coca et ô joie, ô bonheur, des tucs. Je savais même pas que ça pouvait être orgasmique de croquer dans ces petits biscuits salés. Et du sel, c'est ce qui faisait certainement défaut à mon organisme qui me lançait des signaux d'alertes avec les crampes.
Sam est reparti. Deux grands costauds le suivent à 1 minute. J'entends des rumeurs d'erreur de parcours. Plusieurs coureurs qui étaient dans le groupe de tête (dont Sam) se seraient plantés et auraient vu leur filer sous le nez d'autres coureurs. J'entends parler de 3 coureurs qui sont en tête. Et moi tout de suite de penser à Coach puisqu'il est devant moi. Je l'imagine déjà sur le podium car il a la santé le bougre et se planter ici, lui, ça peut pas lui arriver. Bon cela fait 4h58 que je cours. Il faut repartir pour achever (ou être achevé) ces 11,5 km interminableeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeees.
Avec confiance, je sens que j'ai bien fait de faire une longue pause pour me restaurer, m'étirer. Mon corps me remercie en me laissant courir sur le plat et monter les bosses en marchant avec entrain. Chouette, mais je ne sais pas comment ça roule derrière et je zieute de temps en temps derrière mon épaule. Dans la longue ligne droite, je ne vois personne devant ou derrière. Je vais encore être seul pendant combien de temps ?
A chaque bosse, je me dis, c'est bientôt la dernière, un peu comme un alcoolique qui se dirait "Allez, c'est le dernier". Ou bien comme on dirait, il a la bosse des maths et bien moi, j'ai la bosse des bosses. Ou bien encore ... Non, arrête là , tu nous saoûle ! Ah, vous voyez, je vous disais bien que c'est comme l'alcool.
Les bosses défilent donc et en arrivant sur le long plat dans la vallée, j'aperçois deux coureurs. Là je ne me dis pas, tu vas les manger. J'en sais vraiment plus rien, car j'avance bien sans savoir si ça va durer. Et plus j'avance, plus ils grossissent (oh, ils sont vraiment costauds ceux-là !). Mais non, je me rapproche. C'est donc possible.
Environ 400 m avant d'arriver sur l'ancien départ-arrivée du TVC, ils s'arrêtent pour une pause pipi. Je passe machinalement sans même les regarder (ça c'est pas sympa ; désolé les gars ; c'est pas dans ma nature, mais mon cerveau m'ordonne de regarder droit devant). Cela fait 6h01 que je cours et j'entre dans la cour de l'ancien départ-arrivée (6h01, c'est le temps que j'avais mis il y a 2 ans pour boucler ce TVC, curieux non ?).
Mon cerveau se remet en route et avec lui mes jambes. Je cogite. Si je viens de doubler deux gars, c'est que je suis bien classé, peut-être dans les 10 premiers ? Oulala, ça m'excite ça ! Alors je m'accroche, la foulée est rasante, mais au diable le style tant qu'il y a l'efficacité ! Je sais la fin usante (bitume et long faux-plat montant). Mais mon objectif est de ne pas me faire repasser devant par ceux que je viens de doubler. Je regarde en arrière. Ils ne sont pas là . Ouf, cela veut dire que j'accrois mon avance, donc que je suis bien.
Dans la partie qui longe un ruisseau, j'aperçois au loin un gars au ralenti. Mais comme avec les précédents, ce coureur là grossit à vue d'oeil. Mais curieusement, ce coureur ne grossit pas beaucoup. Ben oui, pardi ! C'est Coach ! Que fait-il ici ? Je le rejoins. Il babutie. J'ai l'habitude des langues étrangères, mais celle-là ne fait pas partie de mon répertoire. Il bouge les bras de bas en haut. Veut-il s'envoler ? Non le pauvre, il est en panne sèche. Plus de carburant, plus rien, il est tout vide le gars. Je lui file un de mes bidons qui contient encore un peu d'eau et m'excuse de vouloir continuer car je veux finir dans l'euphorie qui anime mes dernières minutes de course.
Je rejoins le bitume et en haut d'une bosse aperçoit de nouveau un coureur à quelques centaines de mètres de moi. Et ben je vous le donne en mille Emile ! Le gars grossit comme les autres. Savais pas que le trail ça filait de l'aérophagie. Mais celui là il grossit encore moins vite que les autres. Alors j'en remets une couche parce que, n'oubliez pas, je suis euphorique ! Et après le dernier virage, je sens que je peux le manger. A 200 m de l'arrivée je peux le toucher et me rends compte que "Oui, c'est lui" (Non pas Sam, je vous rassure, je suis pas Speedy Gonzales non plus). C'est Jean-Philippe Lanfranchi. Un coureur dont je suis les performances car, avec Coach, on s'était rendu compte qu'on avait un niveau similaire à lui. Alors je passe en m'excusant de le faire à 200 m de l'arrivée, mais bon, c'est la course après tout. Il y aurait eu encore 5 km, cela aurait été de même. Je me sentais tellement bien que j'avais l'impression de pouvoir manger tout ceux que je croisais (c'est très prétentieux dit comme ça, mais prenez-vous un shoot d'euphorie post-crampaire un jour et vous comprendrez).
je franchis donc la ligne ou le boudin (vous savez le truc noir qui a failli s'envoler à maintes reprises) en 6h21 et 24 secondes. Le speaker m'annonce 9ème (ouahhhhh!) et me tends le micro pour me demander mes impressions sur la course. Et le plus étonnant dans tout ça, c'est que j'arrive à répondre un truc vachement simple et super lucide, même drôle. Imaginez, moi qui suis plutôt bordélique, introverti et taciturne, alors là ça m'épate (oui mais des Panzani).
Je rejoins le gymnase, mange et bois tout ce qui passe à ma portée. Puis, je repense à Coach et à sa dérive de fin de parcours. Alors malgré mes jambes qui me disent STOP, tu as fini, semblable à une mère Thérésa du traileur, je prends un verre d'eau et des morceaux de banane et file (c'est vite dit, je devais faire du 6 à l'heure) rejoindre mon alter ego pour le soutenir et finir ce TVC avec lui. Il est effectivement là , à 400 m de l'arrivée. Il ne sait plus où il habite, qui je suis, qui tu es toi qui lis ce récit palpitant avec avidité. Lui, de l'avidité, il en a pour son bain, son lit et un bon kilo de pâtes au fromage avec une bièere sur lie, s'il vous plaît !
Mon Coach (Nono's Coach) finit dans l'espace intersidéral en 6h28. Bravo Coach ! Je t'aime. Pas autant que ma femme, c'est vrai, mais elle, elle fait des trucs, je te raconte même pas... si, bon ben, prends les tagliatelles au saumon par exemple, je suis sûr que tu lui arrives même pas à l'orteil, et encore le petit !
Allez, cette perf valait bien toutes les heures passées dans le froid cet hiver. Et merci à Coach, à ma femme qui, ne l'oublions pas, s'occupe des enfants quand Môsieu part gambader dans la nature. Et puis bravo à tous ceux qui doutent et s'accrochent quand même pour finir. Ne jamais dire jamais. Vous pouvez souffrir, vous plantez, mais toujours continuer.
Errare Trailum est !
COURSE DU MONT CAMEROUN Samedi 21 Février 2009
Présentation
Départ du stade Molyko de Buéa vers 600 mètres pour rejoindre l'antécime du volcan à 4095 mètres d'altitude et redescendre au stade par le même chemin.
Le schéma est simple. Brut même, comme sait l'être l'Afrique.
La course est plutôt une ascension suivie d'une dégringolade.
Comme l'écrit Roger Calmé dans Jogging International, c'est une 6000 D au cube. Epreuve d'endurance très difficile par la rudesse de ses dénivelés, l'enfer de sa vertigineuse et interminable descente, les pierres volcaniques et des températures à 30°C d'amplitude la même journée.
En revanche la course ne doit pas dépasser pour moi 36 km. Ou peut-être 40 ! Distinguer en Afrique la réalité de ce qui est dit et écrit c'est comme distinguer croyances et superstitions…
Course unique sur le second sommet d'Afrique depuis plus de trente ans, l'ancienne Guinness Run voit désormais son organisation parfaitement… camerounaise : pas de dossards pour tous… et distribués la veille à partir de… 22 heures ! C'est « Patience-expresse » !
Être au départ relève déjà de l'exploit ! Comme apercevoir le sommet du Mont Cameroun :
le « Char des Dieux » ne se dévoile que rarement, même en saison dite « sèche ».
L'histoire de la Course est ponctuée de légendes comme seule sait en distiller l'Afrique riche en mysticismes, en rites, en symboles, en gri-gri…
« Si tu ne respectes pas l'esprit qui habite là -haut tes pieds vont se gâter mon frère ! »
C'est pour cela que la plupart des coureurs ont des sandalettes en plastique, avec une bonne paire de chaussettes de ville proprement rapiécée.
« Avec une bonne paire de Tschang-Chou d'une pointure plus petite pour pas que tes pieds dansent », me confie un vieux Coach présent sur la course depuis près de vingt ans, « tu ne seras pas embêté dans les descentes. Crois-moi j'ai vu beaucoup de ‘JOHNNY JUST COME' » (traduisez des novices, des « bleus » comme moi).
La Course
Après une nuit très très courte (aux rêves de sandales de Cendrillon). Après une arrivée au stade à 6 heures. Après un rapide levé du jour (équateur oblige) le départ est donné à l'aube dès 7 heures précises. En hors-d'Å“uvre, une huitaine de km de route bitumée en côte. La pente ne dépasse pas 9%, c'est juste le Chabrits et le Goudart qui s'enchaînent pour ceux qui connaissent Marvejols-Mende. Mais avec la chaleur (déjà 25°) et l'humidité en plus (minimum 80%).
Les Camerounais sont partis comme des fous. Ils sont dopés par les vivas de la foule agglutinée aux bords des trottoirs. On se fraye parfois un chemin façon Tour de France où des « allez le Blanc » fusent ça et là .
Après trois quart d'heures de bitume (que l'on retrouvera bien plus chaud quelques heures plus tard en redescendant) on aperçoit la forêt. Quand on finit d'y pénétrer complètement on réalise que la forêt c'est la jungle : un jour par an les hommes crient ici leurs encouragements aux grimpeurs, le reste de l'année les singes crient entre eux à la cime des arbres.
La jungle procure un peu de fraîcheur, quelques degrés en moins et un bon pourcentage d'humidité en plus ! Courage, Courage, Koraidge. Prononcés en français et en pidgin anglais cette litanie n'a pas fini de nous accompagner et de résonner à nos oreilles.
On atteint le Refuge 1 à près de 1900 mètres d'altitude, toujours dans la jungle. Difficile d'alterner de la course à la marche. En fait cette approche ressemble à celle de nos forêt alpines : chemin plus ou moins étroit à grosses racines, mais avec des passages à près de 20%. Et toujours l'humidité : « le sauna camerounais kwa » ! Tiens, d'ailleurs il pleut ! Vraiment ! Ce ne sont pas les toucans qui font pipi.
Après environ 2 heures plus question de courir. Je laisse enfin la jungle derrière moi et me retrouve nez à nez avec le « mur ». Avec des petits t-shirt accrochés sur le « mur » : les coureurs devant !
Connaissez-vous la « Course des Terrils » des Chtis ?! Idem avec la brume équatoriale et des scories volcaniques à la place des anciennes mines. Une fois le « mur » escaladé, d'autres « murs » à 30% se succèdent encore et encore.
La maçonnerie semble se calmer peu après le Refuge 2 vers 2800 mètres d'altitude. Un officiel m'agrafe un bout de tissu vert : c'est le contrôle.
Avec près de 4 heures de grimpette , les brumes et ma lucidité s'évaporent avec l'altitude. Quelques météores dégringolent du volcan. Ce sont les premiers qui dévalent la pente. Ils sont déjà sur le retour. Comme des mouflons descendants, ils sont prioritaires, on se pousse pour les laisser passer. Certains ont bien des « sandalettes Tschang-Chou »…Des extraterrestres…
Même si les flancs des pentes du volcan semblent moins raides la fatigue arrive. On gère. On gère les pas. Les pieds roulent parfois sur des billes de pierres volcaniques posées partout. Le sentier est ponctué de marches de géants. Des peaux de bananes agrémentent çà et là mon ascension : écolos les dosettes énergétiques
ici ! Cà sera plus marrant en descendant…
Parfois le brouillard redevient si épais que je ne vois plus les coureurs devant moi. Je comprends pourquoi on m'a donné un sifflet au départ !
Après plus de 5 heures et demi de grimpée, la pente s'adoucit vraiment mais c'est pire. Des rafales de vent me glace un peu. Des éboulis de roches volcaniques jonchent le sol où l'herbe de savane se fait de plus en plus rare. On marche parfois sur des billes, c'est rigolo.
A partir du Refuge 3, le dernier, je rigole moins. A 3740 mètres d'altitude, affublé d'un deuxième bout de tissu (orange celui-là ), je m'élance vers le sommet… que je n'atteindrais jamais. J'ai beau accélérer ma cadence de fourmi, dépasser quelques concurrents dont deux Américains avec des bâtons télescopiques, ça fait déjà six heures que je crapahute et l'heure limite est dépassée…
De ce fichu sommet qui semblait si proche, déboule un Bugs Bunny emmitouflé du drapeau
camerounais. Le lapin n'a pas de carotte mais un sifflet pour la fin de la Course ! C'est l'officielle voiture-balai chargée de refouler toutes les fourmis grimpeuses qui cherchent encore à gravir le volcan. Nul ne peut rester derrière lui. Il faut impérativement redescendre vocifère-t-il en anglais aux oreilles d'un Américain.
J'entame alors ce que j'attendais depuis plusieurs mois : l'enfer de la descente. Et ce fut l'enfer jusqu'au stade de Buéa. Surtout en ville avec sa fournaise et ses éclaircies qui brûlent à 30°C humides de vapeurs de kérosène. J'ai bien géré les premiers dénivelés. Je ne suis pas (trop) tombé. Mais l'épuisement m'a gagné après 7 heures. Obligé de m'arrêter souvent pour respirer. Plus de force pour « faire » la descente où pourtant je me débrouille bien.
C'est tout seul que je me fraye un passage jusqu'à la ligne d'arrivée après 9H01'15'' d'effort. Epuisé. Mais pas fourbu et absolument ravi. Puis l'équipe médicale et les médias s'emparent de moi, m'allongent, me déshabillent, me filment et me questionnent : la star quoi ! « C'est l'Afrique », me glisse à l'oreille Roger Calmé.
Epilogue
Je n'ai pas trouvé de classement car tout le monde ne s'intéresse qu'aux trois premiers. Podium 100% camerounais : 4H36'16'' pour le premier et 5H22'25'' pour la première (la troisième femme réalise 5H46'44'').
Environ quatre-vingts coureurs auraient cette année atteint le sommet avec le précieux sésame en tissu rouge. Avec mes deux tissus vert et orange j'ai dû être dans les 200 maxi sur les 700 inscrits et 550 partants.
Le lendemain le personnel de l'hôtel me reconnaît, ils m‘ont vu à la télé camerounaise le matin du départ. J'ai revu le vieux coach qui m'a présenté le second de la Course ( 2 minutes derrière le premier et 20'' devant le troisième), il n'est tombé que trois fois et est très heureux de la médaille et de la prime pour sa famille (deux millions de Francs CFA soit plus de 3000 Euros, plusieurs mois d'un haut salaire). Il habite la deuxième région la plus haute du Cameroun où existent beaucoup de Mont à plus de 3000 mètres pour s'amuser. Il reviendra l'année prochaine s'il n'est pas blessé.
Quant à moi je ne suis plus un « JOHNNY JUST COME » .Mais durant trois nuits j'ai souffert le martyr aux épaules et aux mollets : trop de coups de soleil !
Un joli pèle-mêle signé Pat l'Af. Patrick R.
Compétitions I-F
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L'intégral d'athlétisme
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